Comment j’ai rencontré le président de la Guinée, Alpha Condé ? – Partie 1

Dans cette première partie, je vous raconte mon parcours international et mes missions professionnelles qui m’ont menée jusqu’aux portes de la Guinée, avant la rencontre elle-même.

Les expériences racontées ici sont personnelles et ne révèlent aucune information confidentielle sur l’entreprise ou ses clients.

Madrid 2016

Une partie de cette période de ma vie, je la dois à mon homonyme, rencontrée pendant mes études de master en Espagne. On n’est pas proches – en réalité, on se connait à peine. Il semble que D. évite ses compatriotes, préférant la compagnie d’étrangers. Moi aussi, à part quelques connaissances du groupe théâtral polono-parisien (je vis en France mais je fais une année d’échange à Madrid), je fréquente surtout des gens de mes études et de mon travail – pas de Polonais donc.  

D. m’intrigue par son absence aux cours et par ce travail mystérieux qu’elle mentionne une ou deux fois. Un travail dont le fil conducteur est le voyage. Comment ne pas être intéressée ? Je viens de finir mon mémoire et je n’ai absolument aucune idée de ce que je veux faire de moi-même après les études. 

Je deviens « nomade » 

C’est D. qui me présente l’entreprise W. – une maison d’édition espagnole avec un patron francophone. Ils recherchent de nouvelles recrues. Les soi-disant « nomades ». Officiellement : International Sales & Business Consultant – peu importe ce que ça signifie vraiment.

Les exigences ? Bien sûr, un diplôme universitaire – de préférence en commerce, marketing, communication ou relations internationales. Une expérience en vente est un plus. Eh bien… après des études de philologie, des emplois comme enseignante et serveuse, je ne corresponds pas vraiment à ce profil. Mais il s’avère vite que les diplômes ne sont pas les plus importants.

Ce qui compte, c’est tout autre chose : l’énergie, la flexibilité culturelle, les langues et l’allure générale. Le recrutement se passe bien, même si je ne comprends toujours pas complètement en quoi consistera mon travail. L’anglais ? Exigé à un niveau « très bon », et admettons-le – ce n’est pas, à cette époque, mon point fort. Heureusement, j’ai d’autres atouts – grande, bavarde, blonde et sûre d’elle, je corresponds parfaitement au profil recherché.

Et encore un détail : le candidat doit être prêt à voyager 11 mois par an, chaque projet durant 3 à 4 mois. Parfait ! Je ne suis pas célibataire, mais ma relation tient à peine, et franchement ? Qui pourrait m’empêcher de partir à l’aventure ?

Avant de partir et pour signer le contrat, il fallait que je fasse tous les vaccins nécessaires notamment celui contre la fièvre jaune.

Le monde du publireportage

W. se présente comme une « maison d’édition globale », spécialisée dans « l’analyse commerciale et la publicité sur médias multiplateformes ». L’entreprise a pour objectif « de connecter les gens d’affaires à travers la création d’analyses de marché (business intelligence), de contenus multimédias et d’actions publicitaires ». Ça sonne chinois, non ?

Concrètement ?
Publireportage – ça vous dit quelque chose ? Parfois, dans la presse, on aperçoit un petit logo en coin de page avec ce mot mystérieux. Et derrière, il n’y a rien d’autre que de la publicité déguisée en article. Un texte qui ressemble à du journalisme sérieux mais qui est en réalité écrit sous la dictée du client qui l’a payé. Un PR élégant. Son but : promouvoir un produit, un service, une marque ou une entreprise, mais de manière plus subtile et informative qu’une publicité classique.

Et c’est exactement ce que je suis censée faire dans mon nouveau travail, mais à l’échelle internationale. Nos publireportages visent à promouvoir certains pays sur la scène internationale et dans la presse professionnelle afin d’attirer des investisseurs.

Il faut ajouter que de nombreuses entreprises dans le monde se spécialisent dans ce type de publireportages, parmi elles l’Oxford Business Group.

On passait nos heures à attendre un rendez-vous. On en profitait pour envoyer des mails et pour organiser d’autres rendez-vous. Ici à Fiji.

Le schéma est toujours similaire : un pays en développement est choisi – un pays où les dirigeants aiment dialoguer avec des étrangers et sont plus faciles à convaincre de dépenser une somme conséquente. Et encore mieux si le pays vient de traverser une crise sévère, par exemple un cyclone dévastateur, une épidémie d’Ebola ou une situation économique instable.

C’est là que notre équipe de deux personnes intervient : lui – journaliste avec carnet de notes, moi – négociatrice, observatrice attentive et maîtresse du small talk autour d’un café dans un bureau ministériel ou lors d’un banquet chic. Fun fact : lors d’une de ces soirées, on me prend pour une espionne ! Et j’avais toujours secrètement rêvé de l’être. « My name is Bond. James Bond.»

Nous n’avons aucun contact sur place. Zéro. Le travail commence par googler des noms, arpenter les bureaux et attendre, parfois des heures, pour un seul rendez-vous. Une seule chose compte : atteindre les personnes qui peuvent prendre des décisions – et les convaincre qu’un publireportage payant dans un titre prestigieux (par exemple Harvard Business Review ou South China Morning Post) représente non seulement une promotion pour leur pays, mais aussi un investissement en image.

Premiers voyages : Jamaïque et Antigua

Pour mon premier projet en tant que « stagiaire » dans le cadre de ma formation, je pars à Kingston, en Jamaïque. Je rejoins l’équipe qui termine déjà son travail. Ma première mission est de négocier un échange « barter » avec l’hôtel Hilton – quelques semaines supplémentaires de séjour.

Les négociations se déroulent en anglais. Je n’avais probablement jamais ressenti aussi fortement le syndrome de l’imposteur. Langue, arguments, négociations… Mais ça se passe plutôt bien. Nous logeons à l’hôtel.

Après quelques semaines d’observation, je pars plus loin – à Antigua-et-Barbuda, un État insulaire des Caraïbes, dans l’archipel des Petites Antilles. Là, je poursuis ma formation sous l’œil attentif d’E. – une négociatrice britannique dont le charisme se mêle parfaitement à sa crinière rousse bouclée. J’apprends beaucoup d’elle. Surtout que, outre le travail, il est important de profiter de ce que le lieu offre. En bref : profiter de la vie.

Je commence aussi à comprendre que la vente, soit on l’a dans le sang, soit on ne l’a pas du tout. Et que la clé du succès est de croire en ce que l’on vend.

Pendant les missions, il ne fallait pas oublier de profiter aussi de la vie. Ce travail m’a offert la chance de découvrir le monde, et certaines expériences étaient inoubliables. Comme ce vol en hélicoptère au-dessus d’Antigua-et-Barbuda. 

Enfin, arrive le moment de mon premier projet en autonomie. Destination : Vanuatu. Cet archipel au bout du monde était une ancienne colonie franco-britannique, connue sous le nom de Nouvelles-Hébrides.

Je rencontre Javier, collègue espagnol de l’équipe, pour la première fois à l’aéroport d’Abu Dhabi. A l’époque, en tant que citoyenne polonaise, je ne peux pas passer par les États-Unis depuis les Caraïbes pour rejoindre le Pacifique (même si ce serait cent fois plus court), à cause du visa. Et la demande doit se faire à Paris, ce qui n’est pas vraiment sur ma route.

Je fais donc le tour quasi complet de la planète pour atteindre le Pacifique. Heureusement que j’aime voler. Tout se passerait bien, si ce n’était ce petit détail : en attendant mon vol à Sainte-Lucie, je me fais griller le derrière sur une plage littéralement à quelques minutes de l’aéroport. Petit détail qui transforme presque deux jours d’avion en acte héroïque. Problèmes du premier monde, je sais.

Mon premier projet en autonomie : Vanuatu

Après quelques jours sur Airbnb, Javier et moi logeons à l’Iririki Island Resort & Spa, un complexe luxueux sur une île privée, au cœur du port de Port Vila, capitale de Vanuatu. C’est mon premier contrat négocié seule, sous forme d’échange.

L’étape suivante est de fixer un rendez-vous avec le Premier ministre, Charlot Salwai. Chaque projet vaut la peine de commencer par le « gros poisson » – c’est lui qui peut nous recommander à ses ministres, eux-mêmes en lien avec les directeurs disposant d’un budget pour financer le publireportage. Tout se déroule légalement, mais la contribution financière doit être garantie à l’avance. C’est le cas ici. Grâce à la recommandation du Premier ministre, les portes des ministères s’ouvrent d’elles-mêmes. Finances, éducation, agriculture, environnement… rencontre avec le ministre, interview, présentation du projet, téléphone, recommandation. Ensuite, rencontre avec le gouverneur de la banque, le directeur d’université publique ou le président de l’aéroport, nouvelle interview, négociations, contrat. Répéter.

On travaillait vraiment partout…

Les contrats correspondent à l’espace publicitaire choisi par le décideur. Les prix varient de 10 000 dollars pour la plus petite surface à 100 000 pour une page entière. Le choix dépend surtout de l’ego de la personne. L’ego au Vanuatu est plutôt modeste.

C’est différent en Guinée…

À suivre.

Laisser un commentaire

Je suis Darianna

Bienvenue dans un espace où je tisse des récits entre passé et présent, ici et ailleurs.
De mon quotidien à mes souvenirs d’autres horizons, j’écris sur les expériences qui marquent, les rencontres qui façonnent et les réflexions que suscite le monde qui m’entoure. Parfois léger, parfois plus profond, ce blog est un carnet de vie, un mélange d’anecdotes personnelles, d’observations et de pensées vagabondes.

Je suis franco-polonaise, expatriée depuis 2008, avec dans mes bagages une vie en France, en Espagne, en Jamaïque, au Vanuatu, et aujourd’hui à Tahiti. Journaliste de métier et de caractère, l’écriture a toujours été mon moyen naturel de capter le monde, de le questionner, de l’apprivoiser — ou simplement de m’en souvenir.

Contact