« Je n’arrive pas à croire que je me sois laissée convaincre. Et pourtant, je m’étais promis, il y a 13 ans, de ne plus jamais vivre dans un endroit où la salle de bain a la taille d’un placard à balais – la chambre de bonne à Choisy le roi avec les toilettes sur le palier m’avait bien vaccinée.
Et pourtant, j’y suis. Il est deux heures du matin et j’essaie désespérément d’éliminer les deux litres d’eau que j’ai bus dans la journée. Debout dans le bac de douche qui refuse de se vider (le van est garé en pente, sinon le frigo cesse de fonctionner), je lutte contre la gravité et contre l’abattant des toilettes qui retombe, le tout en silence pour ne pas réveiller le bébé endormi derrière un « cloison » en contreplaqué. Une cloison de moins d’un centimètre d’épaisseur, est-ce vraiment une cloison ?
« Ne tire pas la chasse ! », me dis-je en me rappelant que le bruit réveillerait un ours en hibernation, alors imagine un bébé d’un an. Qu’est-ce que je fais là ? Où est ma salle de bain avec lunette chauffante ? Deux semaines se sont déjà écoulées depuis le début de notre aventure à travers l’Europe dans notre van fait maison. Merci, destin, que notre déménagement à l’autre bout du monde ait réduit les six mois de voyage prévus à deux mois et demi. C’est probablement mieux ainsi. Ce mode de vie n’est peut-être pas fait pour moi. Et dire qu’à nos débuts, les voyages en van me semblaient si romantiques et pleins d’aventures… Aujourd’hui, après ces quelques jours depuis notre départ de France, j’ai la nette impression que ce voyage est la pire idée que je n’aie jamais eue. « Tu veux qu’on rentre ? Personne ne nous oblige à voyager », me rappelle mon mari lorsque je reviens au lit (en essayant toujours de ne pas réveiller le petit être qui dort dans son berceau à côté).
« Termine ce que tu as commencé », me dis-je, en me répétant que sortir de ma zone de confort ne peut que me faire du bien. « On continue », je réponds avant de m’endormir. »

Des rencontres inoubliables sur la route
J’étais fatiguée, souvent énervée, parfois horrible. Mais heureusement qu’on a continué !
Tant de choses m’auraient échappé sinon.
Comme toutes ces rencontres en route. Ce couple de personnes âgées sur une plage grecque inconnue avec qui nous avons sympathisé sans parler la même langue. Et qui nous a si généreusement offert des légumes de leur jardin et des jouets pour Gaïa (dont une bouée en forme de la petite sirène). Ce policier grec qui, chaque soir, venait se baigner avec ses trois enfants dans « notre » lac et nous racontait la vie en Grèce aujourd’hui – chère, pas facile parfois. Ce Bulgare rencontré près d’une cascade, dans l’un des coins les moins touristiques du pays. Ravis de croiser des voyageurs, il nous a offert quelques souvenirs et un peu de son précieux temps. Tous ces propriétaires de campings où nous avons séjourné. Ces restaurateurs heureux de nous accueillir, même avec un petit enfant. Ces visages bienveillants et ces sourires croisés lors de nos randonnées.
Et puis la nourriture ! Que serait ce voyage à travers l’Europe sans cette pizza dégustée tout en haut de Saint-Marin – la toute première que Gaïa ait goûtée de sa vie ? Sans les sandwichs maison à la tomate et mozzarella locale, ou les salades grecques et le tzatziki, seuls aliments que nous pouvions avaler lors des journées brûlantes en Grèce. Pas étonnant que le premier mot de bébé pour désigner la nourriture ait été « gugu » (le concombre – en polonais « ogórek)).
Notre petit vanlife aura pour toujours le goût des baignades dans les lacs, de la pastèque sucrée et des nuits étouffantes bercées par le ronronnement du ventilateur. Même Orlan – l’un de nos chats – a fini par s’adapter à cette nouvelle réalité, malgré les chiens sauvages et des oies un peu trop enthousiastes. Même si je soupçonne qu’il se demande encore pourquoi on l’a choisi lui à la SPA de Boulogne-sur-Mer. Ce n’était sans doute pas ce qu’il imaginait de sa vie de chat.

Et si c’était à refaire ?
Aujourd’hui, quelques mois après notre retour, j’essaie de ne pas repenser aux trajets interminables et aux disputes pour trouver un nouvel endroit où passer la nuit – parfois sur des parkings douteux.
Je pense aux lacs grecs méconnus (Zaravina, Zirou, Trichonida), à Athènes – fascinante mais sale –, à l’Œil Bleu en Albanie, aux montagnes bulgares (les 7 lacs de Rila, les falaises de Lakatnik, les rochers de Belogradtchik). Je me remémore avec tendresse notre dernière nuit dans le van, quelque part entre la Roumanie et la Pologne. C’est étrange, mais il m’arrive même d’avoir la nostalgie de Santo (c’est ainsi que nous avons baptisé notre van que Remy a fait pendant des longs mois quand on habitait en France).
Mais avec le recul, est-ce que j’accepterais un voyage plus long ?
J’aimerais pouvoir dire que cette expérience m’a transformée et que la promiscuité, le sommeil partagé avec un bébé, les recherches d’emplacements ou les nuits sur les parkings ne me dérangent plus. La vérité, c’est que sortir de ma zone de confort reste important pour moi, mais que savoir lâcher prise est devenu tout aussi essentiel. C’est un art qu’on ne nous enseigne pas souvent. Et pourtant, lâcher prise n’est pas un signe de faiblesse, mais un acte de force et de courage.
Et même si je ne regrette rien dans ma vie, j’essaie d’apprendre de mes expériences.
Tenter de nouvelles choses ? Toujours ! Me forcer à avaler une énième cuillère de riz au lait que je déteste juste pour faire plaisir à quelqu’un ou pour me prouver que je peux l’aimer ?
Non, merci.
Et vous ? Avez-vous déjà vécu une expérience qui vous a sorti·e de votre zone de confort ? Est-ce que vous rêvez de vanlife ou cela vous semble-t-il être un cauchemar logistique ?
Racontez-moi en commentaire vos galères ou vos plus beaux moments d’aventure – j’ai hâte de vous lire !







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