On imagine souvent Tahiti comme une carte postale idyllique, entre lagons turquoise et douceur de vivre. Mais derrière ces clichés se cachent des défis inattendus. Dès notre arrivée, nous avons été plongés dans une réalité bien différente de celle que nous avions imaginée. Logement bancal, nuits agitées, trafic oppressant… Ce premier billet de blog raconte sans filtre nos débuts chaotiques sur l’île, entre désillusions et premières adaptations. Le texte a été écrit il y a six mois, à notre arrivée.

On dit souvent que les débuts sont chaotiques. Cet adjectif ne pourrait pas mieux décrire notre première semaine à Tahiti.

Ci-dessous, les extraits de mon journal intime, rédigé au moment de notre arrivée.

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La maison que nous avons louée à distance ne m’a jamais vraiment plu. Disons que c’était mon côté « prout prout » à cause de la salle de bain vieillotte. Soit. Je ne dis rien lors de l’état des lieux pour ne pas passer pour la chiante. Il faut dire que la visite a lieu deux heures après notre atterrissage. Nous sommes fatigués, déconcentrés, ailleurs.

On signe le bail… que nous allons rompre quelques jours plus tard.

Comme nos palettes n’ont toujours pas été dédouanées, la société de Rémy nous paye gentiment trois nuits à l’hôtel. Sans possibilité de cuisiner et à 3800 francs pacifiques (environ 31 €) le petit-déjeuner, on réalise vite qu’il vaut mieux meubler la maison louée pour réduire les frais. On achète un frigo neuf, un micro-ondes, une cuisinière et un matelas. Une fortune, pour commencer.

Sauf que la maison commence à vraiment me faire peur. Alors qu’on s’apprête à y passer notre première nuit, on sait déjà qu’on n’y restera pas. La maison jouxte une colline non sécurisée. Des cailloux – petits et grands – tombent sur le toit et les côtés. Pas très rassurant… surtout lorsque les collègues de Rémy soulignent : « On n’est pas encore en saison des pluies. » Sous-entendu : la situation pourrait empirer.

Le terrain, aussi joli soit-il, n’est pas clôturé. Impossible de laisser notre fille d’un an et demi jouer seule dehors.

La nuit venue, la situation devient comique – tant on est fatigués qu’on en rigole. Les chiens errants s’aventurent dans le jardin, un chat du quartier se fait pourchasser, notre chat Orlan devient fou. Cerise sur le gâteau : des coqs commencent à chanter à 3h du matin. Certains passent même sous nos fenêtres.

Aujourd’hui, nous sommes le 10 septembre. Toujours pas de nuit complète (contrairement à Gaïa – heureusement). On sait qu’il y aura des coqs partout sur l’île. On espère juste qu’ils garderont une distance de sécurité raisonnable. Sinon, Dieu le sait, je vais trouver un fusil.

Changer de maison implique aussi changer de garderie pour Gaïa. Ce mardi, elle a enfin pu faire sa première journée d’adaptation dans une garderie relativement proche de (on l’espère) notre future maison. Cela me laisse le temps de souffler, de chercher du travail – même si ça me fait flipper. J’ai l’impression que je ne vais rien trouver et je ne veux pas être contrainte de faire autre chose. D’ailleurs, je ne saurais même pas quoi faire.

Les bouchons et la pauvreté

Tahiti, et plus précisément Papeete et ses villes voisines, ne sont pas très séduisantes. Trafic infernal, manque d’espace, maisons serrées les unes contre les autres, certaines habitations s’apparentant à des bidonvilles. Rien de ce qu’on avait imaginé sur la vie dans les îles. On savait qu’on ne retrouverait pas exactement le Vanuatu. Mais c’est encore pire que ce que j’avais imaginé.

Impossible de faire quoi que ce soit sans voiture. À Port Vila, malgré la difficulté des transports, on pouvait se contenter de prendre des bus. Ici, on a l’impression de vivre dans la voiture, coincés dans les bouchons. Peut-être que ça changera une fois installés dans un quartier ? Quelques passages au centre-ville de Papeete m’ont révélé une pauvreté criante : des gens dorment dans la rue, sous les toits des bâtiments.

Les Tahitiennes, bien que gentilles et souriantes, paraissent froides et dures au premier abord. Un peu comme des femmes slaves. Est-ce l’insécurité ? Ou une grande confiance en soi ?

Les logements que nous visitons accentuent la disparité sociale. Nous devons abandonner l’idée d’une maison avec jardin pour Gaïa. Les chiens errants sont trop nombreux pour laisser nos chats en sécurité. Nous avons même rencontré un couple qui quittait leur maison parce que leur chat avait été tué par un chien du voisinage. Cela nous rappelle douloureusement notre expérience au Vanuatu.

Le choix se résume entre des logements très vieux, parfois dangereux, ou des maisons modernes en travaux dans des quartiers résidentiels comme Pamatai Hills. L’agent immobilier nous assure : « Ici, on est au moins sûrs que nos enfants seront coupés des mauvaises fréquentations d’en bas. » Traduction : des locaux. Cette mentalité colonialiste est encore bien présente ici. Pas étonnant que le président de la Polynésie soit indépendantiste. C’est exactement ce qu’on voulait éviter. Après Nouméa, Rémy ne voulait plus revivre cette séparation entre Métropolitains et locaux.

Finalement, qu’on le veuille ou non, cette séparation se fait naturellement. Mais ici, c’est plus subtil, plus insidieux. On ne l’impose pas toujours, elle s’installe d’elle-même, au fil des choix du quotidien : où vivre, où scolariser son enfant, où travailler. Petit à petit, je comprends que l’intégration, la vraie, demande un effort conscient. Reste à savoir si on nous laissera la place de la tenter. 

Une réponse à « Premiers pas à Tahiti : entre rêve et réalité »

  1. Avatar de leschroniquesdeamy
    leschroniquesdeamy

    On est très loin de l’image idyllique que l’on peut avoir de Tahiti… Mais est ce que ces problématiques ne concernent que Tahiti ou bien s’étendent elles a toute la Polynésie ?

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Je suis Darianna

Bienvenue dans un espace où je tisse des récits entre passé et présent, ici et ailleurs.
De mon quotidien à mes souvenirs d’autres horizons, j’écris sur les expériences qui marquent, les rencontres qui façonnent et les réflexions que suscite le monde qui m’entoure. Parfois léger, parfois plus profond, ce blog est un carnet de vie, un mélange d’anecdotes personnelles, d’observations et de pensées vagabondes.

Je suis franco-polonaise, expatriée depuis 2008, avec dans mes bagages une vie en France, en Espagne, en Jamaïque, au Vanuatu, et aujourd’hui à Tahiti. Journaliste de métier et de caractère, l’écriture a toujours été mon moyen naturel de capter le monde, de le questionner, de l’apprivoiser — ou simplement de m’en souvenir.

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